L'association Jacques ELLUL Actualités

    Rencontre

Ellul en 10 leçons

Patrick Chastenet

 

     L'exercice comporte toujours sa part d'arbitraire mais s'il fallait sélectionner dix livres dans l'oeuvre de Jacques Ellul, on commencerait par L'espérance oubliée (Gallimard, 1972), tout simplement parce que c'était le préféré de son auteur. Il y montre tout ce qui distingue le vague espoir au quotidien de l'espérance en Dieu.

 

     La subversion du christianisme (Seuil, 1984. Réédition La Table Ronde, 2001) explique comment l'ordre, la hiérarchie et la loi ont pu se substituer à l'amour, la fraternité et la liberté, autrement dit comment la révélation de Dieu s'est transformée en son contraire: une idéologie.

 

     Avec La raison d'Etre (Seuil, 1987), son lumineux commentaire de l'Ecclésiaste, Ellul signe l'un de ses plus beaux textes. Tout est vanité et poursuite de vent -le pouvoir, l'argent, le travail, la gloire, la sagesse, même le Bien-; tout est poussière et retournera à la poussière, et pourtant, il convient de vivre, et de "faire comme si".

 

     On retrouve la puissance de cette analyse dialectique dans Anarchie et Christianisme (Lyon, Atelier de création libertaire, 1988. Réédition La Table Ronde, 1998)) où il montre que l'anarchisme est la sensibilité politique la plus compatible avec la pensée biblique. Une façon toute personnelle d'interpréter le "Omnis potestas a Deo" (« Tout pouvoir vient de Dieu. ») de Saint-Paul.

 

 

     Dans son livre plaidoyer Un chrétien pour Israël (Editions du Rocher, 1986) Ellul reprend une thèse banale qu'il transfigure par la qualité de sa démonstration : toute critique contre Israël concerne en vérité tous les juifs. Situation paradoxale d'un libertaire prenant la défense d'un Etat militaire et technicien.

 

     Paradoxe si l'on songe aux thèses exposées dans son maître ouvrage La technique ou l'enjeu du siècle, publié en 1954, (Réédition Economica, 1990) qui explique en substance que la clef de notre modernité est à chercher dans le phénomène technique. Une Technique qui n'est plus un simple intermédiaire entre l'homme et la nature, mais un processus autonome obéissant à ses propres lois.

 

     Parmi les techniques de l'homme, la propagande a très tôt retenu l'attention d'Ellul car cette "fausse parole" fait obstacle au règne de la Parole. Propagandes (Réédition Economica, 1990) démontre de façon magistrale les limites de la distinction classique entre l'information et la propagande.

 

     Thème que l'on retrouve développé et actualisé dans La parole humiliée (Seuil, 1981) : le triomphe de la pensée par images traduit le divorce entre la vérité et la réalité. La parole est dévaluée du fait même des conditions dans lesquelles elle est prononcée.

 

     Et dans ce monde des images, le jeu politique se réduit à de l'illusionnisme. Quelle est la marge de manoeuvre de nos élus dans un système prédéterminé par des techniciens? Loin d'un plaidoyer pour l'apolitisme, L'illusion politique (Robert Laffont, 1965, Nouvelle édition revue et augmentée d'une postface, Pluriel/Poche 1977, réédition , La Table Ronde , la petite vermillon, 2004), réhabilite la vertu de la résistance personnelle à toutes les formes d’oppression.

 

     Enfin, pour conclure ce bref panorama, un Ce que je crois (Grasset, 1987) où la sincérité le dispute à la pudeur.

Télécharger une version imprimable