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  • N°1 Les années personnalistes

N°1 Les années personnalistes

N°1 2003

Dans cette première livraison, il nous a paru essentiel de commencer par remonter aux sources d’une œuvre et d’un engagement qui trouvent leur origine dans la mouvance personnaliste des années trente. Néanmoins, les deux articles de la rubrique « Actuel », chacun à leur manière, témoignent de ce souci de coller sinon à l’actualité immédiate, ce qui serait absurde dans le cadre d’une publication annuelle, mais de montrer en quoi la réflexion d’Ellul peut contribuer à éclairer tel ou tel aspect de la société moderne, en l’occurrence l’intégrisme religieux et les événements du 11 septembre... Notre premier «  Dossier »  est donc consacré à la jeunesse personnaliste d’Ellul. Au début des années trente, alors que la majorité de ses condisciples de la Faculté de droit de Bordeaux lorgnaient vers l’extrême-droite et que de nombreux intellectuels parisiens s’enthousiasmaient pour la patrie du socialisme, Jacques Ellul et son ami Bernard Charbonneau s’embarquaient dans l’aventure personnaliste, dans le sillage des mouvements Esprit et l’Ordre Nouveau.

Jean-Louis Loubet del Bayle replace la pensée d’Ellul dans le contexte de ces groupes personnalistes en révolte contre le «  désordre établi » , en insistant particulièrement sur la critique de la modernité effectuée par l’équipe réunie autour d’Alexandre Marc et Arnaud Dandieu. De son côté, Patrick Troude-Chastenet souligne l’originalité de l’apport d’Ellul et de Charbonneau au sein de la nébuleuse non-conformiste des années trente. Faisant déjà de l’impuissance de la politique –  face à l’emprise techno-scientifique –  le cœur de leur doctrine, les personnalistes gascons ont incarné la fraction la plus individualiste, libertaire, girondine/régionaliste, fédéraliste et écologiste de ce mouvement. Leur profond désaccord avec Emmanuel Mounier a fait d’eux des marginaux au sein d’un courant lui-même minoritaire. C’est à quatre mains que les deux compagnons ont décidé de rédiger leur propre manifeste diffusé à quelques exemplaires sous forme de polycopié dans les petits groupes personnalistes de Bordeaux et du Sud-ouest de la France. Relire aujourd’hui ces « Directives pour un manifeste personnaliste » ne présente pas qu’un intérêt strictement généalogique. Les trois textes suivants datant sensiblement de la même époque témoignent, eux aussi, de la radicalité d’un engagement de jeunesse qui sera celui de toute une vie. Ici encore, l’historien des idées pourra retrouver des pièces maîtresses, voire la matrice, d’une œuvre embryonnaire. Mais si les personnages ont changé de noms, si la situation politique et sociale n’est plus la même, l’architecture de la pensée est déjà fermement dessinée. Parce que la pensée d’Ellul est tout sauf une théorie spéculative coupée du réel, il la délivre d’abord sous forme de conférences. Au risque de laisser passer certaines incorrections tolérées dans le style parlé, nous avons délibérément pris le parti de conserver la forme orale de ces interventions. Au lecteur averti de passer outre.

Dans « Le personnalisme, révolution immédiate », Ellul s’emploie à préciser la notion d’institution ainsi qu’à définir les contours d’une révolution authentique, c’est-à-dire le contraire du Grand  Soir ou du mouvement de masse. Dans ce texte de 1935, Ellul est alors âgé de 23 ans, le lecteur se plaira à pointer des thèmes approfondis parfois plusieurs dizaines d’années plus tard. Que l’on songe à La subversion du christianisme (1984) : « Si le christianisme est admis et honoré dans le monde, c’est qu’il n’est plus le christianisme », a L’illusion politique (1965) ou encore à son article du Monde au lendemain de la victoire de la Gauche : « Rien d’important » (27 mai 1981) : «  Front National, Front Populaire ? Ce n’est pas un dilemme, car ni l’un ni l’autre ne peuvent changer grand chose. Ce n’est ni à droite ni à gauche que l’on retrouvera l’essentiel. » Mais c’est sans doute « Fatalité du monde moderne » qui présente la particularité de  condenser la trame d’une œuvre encore en gestation, en insistant déjà sur l’emprise du facteur technique. De façon allusive et provocatrice, le fascisme y est décrit comme le fils du libéralisme, thème abondamment développé dans l’article éponyme qui clôture notre rubrique "archives". Enfin, la librairie est consacrée à un ouvrage tiré d’une thèse au ton pamphlétaire portant sur un hypothétique noyautage du mouvement écologiste par les tendances les plus rétrogrades du personnalisme.


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Sommaire :

Editorial


ACTUEL


Jacques ELLUL : Réflexion sur l’Islam intégriste
  (1990)

Patrick TROUDE-CHASTENET : Pour une approche ellulienne des événements du 11 septembre.

DOSSIER : Les années personnalistes


Jean-Louis LOUBET DEL BAYLE : Aux origines de la pensée de Jacques Ellul ?
 Technique et Société dans la réflexion des mouvements personnalistes des années 30

Patrick TROUDE-CHASTENET : Jacques Ellul : une jeunesse personnaliste
Bernard CHARBONNEAU et Jacques ELLUL : Directives pour un manifeste personnaliste


ARCHIVES

Jacques ELLUL : Le personnalisme, révolution immédiate
Jacques ELLUL : Fatalité du monde moderne

Jacques ELLUL : Le fascisme, fils du libéralisme

LIBRAIRIE

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