| Années 1990 et postérité |
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photo : Serge Steyer (L'homme entier, 1993) 1990 Le peuple juif est vu à travers le Nouveau Testament, en particulier l’Épître de Paul aux Romains ; une nouvelle approche des rapports entre Juifs et Chrétiens.
Commentaire amazon : La liberté et la non-conformité comme exigences chrétiennes - Jacques Ellul énumère et explique les recommandations faites par Paul dans son épître aux Romains. Une partie est consacrée au rapport entre les juifs et les chrétiens. Ellul explique comment les écrits de Paul non seulement ne légitiment pas l'antisémitisme mais au contraire le rendent incohérent. Paul demande aux chrétiens de se souvenir qu'ils sont une greffe sur le tronc d'Israël. Que Dieu n'a pas révoqué son alliance avec le peuple élu mais l'a simplement étendue aux autres hommes par la venue de son fils sur terre. C'est par leur conduite que les chrétiens pourront éventuellement convaincre les autres que Jésus est celui qu'ils prétendent être. A ce jour, l'histoire montre que les chrétiens sont loin de s'être toujours chrétiennement comportés. Mais cette potentialité n'est pas morte… Ellul montre aussi dans ces écrits de Paul la recommandation de vivre librement; de ne pas être conforme aux idées de son temps mais de réfléchir personnellement à la façon de contenter Dieu.
Les trois piliers du conformisme - manuscrit d’une cinquantaine de pages, laissé à l’état d’esquisse.
Finalement publié en 2004 in Islam et judéo christianisme, Presses Universitaires de France Ellul décrit l’islam comme une religion particulièrement dangereuse, du fait que l’on fait souvent à son sujet trois gros malentendus qui l’apparentent au Judaïsme et au Christianisme alors qu’il en est fondamentalement opposé. > voir 2004
Car tout est grâce, in Olivier Abel, dir. Le pardon - Briser la dette et l'oubli. Paris, Éd. Autrement, avril, pp. 120-136
Il faut commencer par savoir ce que le pardon n’est pas. Il est illusoire de penser que le pardon peut s’accorder quand on a compris (il ne relève pas de l’excuse) ou bien quand le temps a passé (il ne relève pas non plus de l’oubli). Car, dans ces cas, celui qui pardonne acquiert sur le pardonné une supériorité qui met ce dernier dans la situation de l’obligé, du débiteur. « Chaque fois que l’on situe le pardon sur un plan purement humain, (…) on produit des effets pervers », en premier lieu l’hypocrisie. « Ne peut pardonner, sans entrer dans un de ces pièges, que celui qui lui-même a été d’abord pardonné, qui vit d’être pardonné, et qui sait à partir de ce pardon reçu, le sens que peut avoir un véritable pardon. Ce pardon des autres ne peut-être que la suite, la conséquence du pardon que j’ai reçu de Jésus-Christ ».
De l'inertie au combat, in Catherine Chalier, dir. La patience - Passion de la durée consentie. Paris, Éditions Autrement, mars, pp. 90-97.
La patience, arme contre la tentation, s’acquiert dans l’épreuve. Mais peut-on l’acquérir sans qu‘elle nous soit donnée ? … La patience de Dieu vis-à-vis du mal semble scandaleuse, elle sauvegarde pourtant la liberté de l’homme. « Quand, dans le récit de l’Apocalypse, apparaissant dans sa toute puissance de ressuscité, Jésus dit : ‘’Je me tiens à la porte et je frappe’’ (III, 20), il n’enfonce pas la porte, il se tient devant nous, tel un mendiant qui se tient à la porte et qui frappe…, attendant que le maître de maison (moi !) veuille bien lui ouvrir. Voilà la patience de Dieu, avec l’Humanité et avec chacun ».
« Toute recherche sur la déviance est conçue inévitablement comme une justification de l’ordre établi qui apparaît dans une société de plus en plus intolérante. Et c’est bien le cas de la nôtre. Elle est essentiellement intolérante mais elle est d’autant plus intolérante qu’elle set plus fragile en fait ». Ainsi, loin de l’apparente méthodologie qui justifie ce que les sciences humaines appellent recherche (généralement quantitative), Ellul nous convie à un effort de réflexion sur le fonctionnement de notre société.
L’autorité, le pouvoir incontestable de nos institutions sociales, nous empêchent de percevoir une paradoxale contradiction. Plus une société se veut et se croit irréductible, plus sa croissance devient l’indicateur de son incurable faiblesse… et plus elle se révèle intolérante à l’égard des déviants, dont le nombre, par conséquent, ne cesse de croître.
Les critiques de Jacques Ellul contre la technique m'ont beaucoup marqué. Mais je suis indifférent à sa théologie. Il ne croyait pas ce que je crois, je ne crois pas ce qu'il croyait... Or la théologie d'Ellul sert de base à l'ensemble de son œuvre. Ainsi, j'adopte une partie de ses idées tout en rejetant celles qui sont fondatrices : problème. D'où mon souhait de réfléchir avec lui sur la nature de l'influence exercée par un auteur sur ses lecteurs. Y a-t-il une « bonne façon » de lire ? Un lecteur trop scrupuleux, perclus de respect, risque de se muer en épigone conformiste et stérile. Un lecteur trop désinvolte, au contraire, peut en venir à trahir l'auteur (sciemment ou non), lui faire dire ce qu'il n'a jamais voulu dire. Quelles voies existe-t-il entre ces deux extrêmes ? Tel est le débat que j'ai proposé à Jacques Ellul, un débat qui permet de donner un éclairage original sur son itinéraire. Restait une question matérielle. Nous habitions la même ville et vivions à l'époque des téléconférences, des fax, des magnétophones (pas encore des mails). Comment organiser concrètement la discussion ? Nous avons choisi une méthode éprouvée : l'échange épistolaire. Le temps pour chacun de réfléchir aux arguments de l'autre et, environ une fois par mois, une lettre était confiée à la poste. Un dialogue de douze lettres, échangées fin 1990 - début 1991, constitue donc ce livre.
Extrait (p. 26): “J’ai conçu mes livres comme un ensemble. Au fond, ma grande question a été: est-ce que la connaissance des “faits” historiques et sociologiques met en question la foi de la Révélation que j’avais reçue et, réciproquement, comment cette foi actualisée peut-elle répondre à certains problèmes de société et de l’homme modernes ?
Sorti cinq mois après la mort d’Ellul, cet ouvrage retrace son itinéraire et un panorama complet de ses thèses à travers une série d’entretiens réalisés entre 1981 et 1994. Ellul se penche sur l’ensemble de son passé et se livre parfois à l’autocritique.
A l'IEP de Bordeaux, du temps où il y exerça, Jacques Ellul se fit remarquer par ses cours sur la Technique et la Propagande, dont la matière constitua l'essentiel de son oeuvre sociologique. Un troisième se distinguait des deux autres par une moindre originalité apparente: la Pensée marxiste. Il n’était certes pas le premier à faire figurer Marx dans un cours consacré aux idées politiques. Mais, l’ayant découvert à l'âge de dix-huit ans et ayant épluché ensuite l’intégralité de son œuvre, il s’efforçait d’approcher ses différents volets dialectiquement, c’est-à-dire les uns par rapport aux autres, conformément à l’intention de Marx lui-même, quand d’autres, intellectuellement moins rigoureux, s’attachaient davantage à en retirer tel ou tel aspect, dans le but plus ou moins avoué d’en dégager une idéologie. Ellul n’était donc pas marxiste (il s’en est ailleurs longuement expliqué) mais « marxologue » et même « marxien ». Il disait ainsi à ses étudiants : « Je n'ai pas trouvé de pensée ou de méthode qui me permette de mieux analyser le monde où je vis. Marx, c'est sûr, a orienté en profondeur mes interprétations de la société. (Pour autant), je veux que vous soyez amenés à savoir pourquoi vous seriez pour ou contre ». En ayant retranscrit leurs notes de l’époque, quelques uns de ces anciens étudiants poursuivent le même objectif à travers cette publication.
Ce livre réunit deux petits textes inédits.
Le premier intitulé Les trois piliers du conformisme, a été écrit dans le contexte de la première guerre du Golfe en 1991. Il est composé de trois chapitres : - " Nous sommes tous fils d'Abraham ", - " Le monothéisme ", - " Des religions du Livre " Ellul analyse et démonte ces trois notions que l'on utilise de plus en plus couramment, et de façon à son avis inconsidérée, pour rapprocher théologiquement les "religions du Livre". Le second préfaçait le premier ouvrage de l’Anglaise Bat Ye'or, (The Dhimmis - Jews and Christians under Islam), en 1983, concernant la dhimitude, c’est-à-dire la condition des Juifs et des Chrétiens vivant en société musulmane ; cette préface n’avait jamais publiée en français. Le Livre est préfacé par Alain Besançon qui rappelle qu’Ellul n’a pu achever son ouvrage avant son décès en 1994 (p. 13). L’auteur établit un constat d’ incompatibilité théologique entre l’islam et le judéo-christianisme (p. 11). De plus, il affirme qu’il n’y a pas de continuité entre la Bible et le Coran (p. 18), et récuse ainsi les expressions suivantes : « les trois religions abrahamiques », « les trois religions monothéistes »…, « les trois religions du Livre ». Intitulé par l’auteur « Les trois piliers du conformisme », le texte central de l’ouvrage est constitué de trois chapitres de « nature théologique » (p. 36). Le premier, Nous sommes tous des fils d’Abraham, comprend une analyse de l’histoire d’Abraham et de ses descendants Ismaël et Isaac. L’auteur souhaite démontrer « l’opposition complète » entre Ismaël et Isaac, entre filiation arabe et filiation judéo-chrétienne… : il considère que c’est Isaac qui a reçu une « bénédiction éternelle », « une promesse universelle », en somme « l’Alliance entre Dieu et l’homme », tandis qu’Ismaël n’a reçu qu’une « bénédiction temporelle », « une promesse séculière » de Dieu (p. 55-56). Pour l’auteur, la formule Nous sommes tous des fils d’Abraham « ne signifie rien » (p. 58). Dans le deuxième, intitulé Le monothéisme, l’auteur réfute l’expression « les trois religions monothéistes » : d’abord, il énonce que, pour l’islam, le christianisme n’est pas un monothéisme à cause de la Trinité ; ensuite, il souligne la différence, « la rupture » entre le Dieu biblique et Allah. Une différence du fait de l’Incarnation : le Dieu biblique « sort de son ciel » pour « devenir homme », alors qu’il n’y a pas d’incarnation imaginable de Dieu en islam (p. 70). Dans son troisième chapitre, Des religions du Livre, L’auteur développe une autre opposition entre islam et judéo-christianisme. Elle concerne l’origine de la Bible et du Coran : pour l’islam inspiré par Dieu, le Coran a été révélé à un seul homme, Muhammad, tandis que la Bible a été écrite par « des dizaines d’auteurs ». En outre, ces deux Livres sont opposés dans leur conception : la Bible serait un livre de liberté et d’amour ; le Coran est un livre de devoir et de contrainte (p. 80-87). 2006
L’ouvrage rassemble 138 articles de Jacques Ellul parus dans les quotidiens Sud-Ouest et Ouest-France, principalement de 1968 à 1989 et réunis par sa fille Dominique North-Ellul. La préface d’Etienne Jurié (auteur d’un mémoire de maîtrise sur Ellul et le protestantisme) éclaire utilement l’œuvre journalistique d’Ellul. A la fin de l’ouvrage, on lira un entretien intéressant accordé à Télérama et paru en juillet 1987 sous le titre « la charrue et l’étoile »
Pendant quelque trente années, Jacques Ellul a proposé aux étudiants de l'Institut politique de Bordeaux un cours sur la Pensée marxiste rendu disponible au public en 2003. Ce cours était dispensé en alternance avec un autre, les Successeurs de Marx, qui fait l'objet cet ouvrage. Ellul y montre que les fractures dans l'héritage de Marx ont révélé des contradictions ou des évolutions déjà présentes dans l'oeuvre de ce dernier, accentuées par le caractère de plus en plus douteux de certaines de ses prédictions. Il nous présente ici les différentes écoles, leurs porte-parole et les fondements théoriques de leurs désaccords. La publication de ce cours est aussi l'occasion d'approfondir un peu plus les liens complexes qu'entretenait Ellul avec le marxisme. À propos du marxisme tchèque des années soixante, qui allait déboucher sur le Printemps de Prague de 1968, il disait à ses étudiants : « J'ai repris un certain espoir à l'égard du socialisme en général lorsque j'ai rencontré la pensée des Tchécoslovaques [...] : (j’y vois) une réponse (pertinente) aux problèmes de la société technicienne ».
Extrait : Ensemble intellectuel impressionnant, le marxisme est une doctrine délicate à présenter en raison de la diversité des auteurs qui se réclament de Marx (…). Comment expliquer ces divergences ? Les causes sont à rechercher dans la pensée même de Marx, qui est une pensée philosophique, et qui, comme telle, va faire école. Mais également à la mutation du monde par rapport à celui de Marx… L'originalité de Marx vient de son refus de séparer la pensée et la pratique : la pensée ne peut éviter la confrontation avec les faits. On se demandera : Marx avait-il raison sur tel ou tel point ? Sa pensée est-elle toujours valable ou faut-il l'adapter ? Ce qui finalement conduit à la question des limites : quand peut-on se dire marxiste ?
- Présence au monde moderne (1948), Durant l’été 1979, Jacques Ellul avait s’était entretenu avec un jeune chercheur canadien, Willem H. Vanderburg pour la CBC (Canadian Broadcasting Corporation) en vue d’une émission radiophonique diffusée peu après. Deux ans plus tard, les propos d’Ellul avaient ensuite été traduits et édités dans un livre Perspectives on our Age. Jacques Ellul speaks on his life and work. Leur édition, en France, presque 30 ans plus tard, permet d’appréhender la cohérence qui relie trois aspects fondamentaux de ses travaux et de sa vie: ses analyses sociologiques centrées sur le phénomène technicien, sa foi chrétienne qui l’amène à produire une réflexion théologique personnelle et son action dans la vie de la cité. Le texte révèle la fluidité et la profonde unité de sa pensée, tout en donnant de nouvelles clés pour la comprendre.
Sous le titre Israël, Chance de civilisation… et autres articles, qui reprend le titre d’un article d’Ellul extrait des « cahiers universitaires catholiques » daté de 1980, cet ouvrage rassemble un certain nombre d’articles qu’Ellul a écrits autour d’Israël — mot qui a chez lui un sens très large, puisqu’il désigne historiquement et sociologiquement le peuple juif, y compris jusqu’à son actualisation contemporaine dans l’État d’Israël, mais aussi théologiquement le peuple à qui Dieu a confié un message pour tous les hommes — ; mais aussi qu’il a écrits au sujet de l’antisémitisme et de l’antisionisme, du conflit israélo-arabe, de l’Islam… Un ensemble de prime abord hétérogène, mais qui forme, à l’examen, un tout cohérent, dicté, comme il le dit lui-même à maintes reprises, par sa foi chrétienne — mais en insistant pour ajouter que les analyses historiques et sociologiques qu’il propose peuvent parfaitement être partagées par un non-croyant.
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| Mise à jour le Samedi, 23 Janvier 2010 13:13 |
















